Préambule

La France traverse, en cette année 2026, un moment singulier. Le pays est traversé par une fatigue civique qui n'est pas un désintérêt politique, mais une lassitude des récits proposés. Les Français ne se reconnaissent plus dans la polarisation imposée. Ils ne se reconnaissent ni dans la fascination technologique aveugle, ni dans le repli nostalgique. Ils ne se reconnaissent ni dans l'hystérie de l'instant, ni dans l'immobilisme drapé de prudence. Ils attendent autre chose qu'ils ne savent pas encore nommer.

Ce manifeste tente de nommer cette chose.

Il propose une doctrine politique. Pas un programme de gouvernement — il existe déjà trop de programmes. Pas un catalogue de mesures — il existe déjà trop de catalogues. Mais une doctrine, c'est-à-dire un cadre cohérent qui articule une méthode pour penser le monde, une architecture pour organiser la cité, et une orientation pour décider ce que la France veut conserver et ce qu'elle veut transformer.

Cette doctrine se nomme la République de la dignité. Le mouvement qui la porte s'appelle Refondation. La méthode qui l'anime est la concorde républicaine. Aucun de ces trois noms n'a de sens sans les deux autres.

Refonder, c'est reconnaître que la France n'a plus besoin d'une réforme supplémentaire, mais d'un nouveau socle, de nouveaux enjeux et d'une nouvelle approche.

Cette doctrine ne se range dans aucun camp et elle parle à tous. Elle est gaullienne par son refus de la dépendance ; mitterrandienne par son attachement au temps long ; humaniste par sa centralité de la personne ; écologiste par sa sobriété ; sociale par sa protection des métiers et des plus fragiles ; libérale par son refus du contrôle excessif ; conservatrice par sa fidélité à la mémoire. Elle n'est aucun de ces étiquetages parce qu'elle est tout cela simultanément — assumée, articulée, irréductible.

Ce manifeste n'est pas une candidature. Il est une offre. Il est offert à celles et ceux qui voudront le porter — femmes et hommes politiques, têtes de réseaux, citoyens engagés, élus locaux et nationaux, intellectuels et acteurs de terrain.

La France n'a pas besoin d'un sauveur. Elle a besoin d'une doctrine. Voici la nôtre.

I. Une France lucide

La méthode — Lucidité active

Avant toute orientation politique, avant tout programme, avant toute architecture institutionnelle, il faut une méthode. Pas une méthode au sens étroit, mais une posture cognitive — une manière de regarder le monde, ses crises, ses partenaires, ses adversaires, ses opportunités, sans céder ni à la naïveté ni à la paranoïa.

Cette posture, nous la nommons lucidité active. Elle est l'antithèse d'une France somnambule, qui suit les récits dominants par défaut, qui accepte les rapports de force imposés par d'autres, qui réagit toujours en retard parce qu'elle pense toujours sur les schémas d'hier. Elle est aussi l'antithèse d'une France paranoïaque, repliée sur ses peurs, persuadée que toute force étrangère est une menace, et toute innovation un complot.

Le monde de 2026 n'est ni unipolaire ni bipolaire : il est multipolaire, fragmenté, traversé de coalitions changeantes et de rivalités systémiques. La lucidité active suppose un travail constant : ne jamais croire un récit étranger sans le confronter à ses intérêts ; ne jamais juger d'un partenaire par les seuls communiqués officiels ; ne jamais s'engager sans avoir vu, lu, croisé, vérifié.

La lucidité active n'est pas une posture intellectuelle. C'est une infrastructure démocratique. Sans elle, aucune souveraineté n'est tenable.

II. Une France des deux rives

L'architecture — Doctrine des deux rives

Une méthode ne suffit pas. Encore faut-il une architecture — un principe d'organisation qui dit comment articuler les forces contraires qui traversent la société française : la modernité technologique et l'héritage culturel, la mondialisation et l'ancrage, la productivité et la dignité du métier, la vitesse et la mémoire. À ces tensions, la doctrine de la République de la dignité oppose un principe simple : la doctrine des deux rives.

La France ne choisit pas entre l'ancien et le nouveau, entre le local et le mondial, entre l'artisan et l'ingénieur, entre le papier et l'écran. Elle assume que la société moderne se déploie sur deux rives d'un même fleuve. La rive ultra-moderne — celle de l'intelligence artificielle, des plateformes, de la donnée, de la finance globale, de l'innovation continue. Et la rive ancrée — celle des métiers, des terroirs, des archives, des livres, des artisans, des soignants, des enseignants, des éleveurs, des journalistes humains.

Ces deux rives ne sont pas en concurrence : elles sont complémentaires. La rive ultra-moderne crée la richesse de demain. La rive ancrée crée le sens, la mémoire, la transmission, la qualité du jugement. Sans rive ancrée, la modernité devient vertige. Sans rive moderne, l'ancrage devient repli.

Une société qui n'a plus le droit de sanctuariser ses pratiques essentielles n'est plus souveraine. Elle est administrée par ses outils.

III. Une République de la dignité

L'orientation — Dignité

Une méthode et une architecture seraient muettes sans une orientation. Vers quoi marche la France ? Quel est le mot qui dit, en un seul terme, ce que cette doctrine propose ? Ce mot, nous l'avons choisi avec soin. Il n'est ni un slogan, ni une nostalgie. Il est un seuil minimum non négociable, et un horizon politique. Ce mot est : dignité.

Six dignités à protéger

Six adjectifs pour la République

La République de la dignité est décomplexée. Elle ne s'excuse pas d'être française. Elle ne réécrit pas son histoire sous la pression des récits importés. Elle aime sa langue, ses paysages, ses tables, ses livres, ses cathédrales, ses ateliers, ses laboratoires, ses scènes, sans en faire des fétiches.

Elle est autonome. Elle refuse les dépendances qui réduisent sa marge de manœuvre : énergétique, alimentaire, numérique, militaire, idéologique. Elle reconstruit sa souveraineté pas à pas, avec une persévérance que rien n'altère.

Elle est pacifique. Elle refuse la guerre comme méthode et la rhétorique guerrière comme posture. Elle dialogue avec tous. Mais elle ne confond jamais la paix et le renoncement.

Elle est pacifiée. Elle travaille la réconciliation interne : entre les générations, entre les territoires, entre les communautés, entre les sensibilités politiques. C'est ici que la concorde républicaine devient sa méthode propre. Refonder dans la concorde, c'est rompre avec le système sans rompre le lien civique.

Elle est moderne et avant-gardiste. Elle assume l'innovation, l'intelligence artificielle, la science, la recherche, l'industrie de précision. Elle veut que la France soit en pointe sur les techniques qui définissent le siècle. Elle n'oppose jamais la modernité à la mémoire.

Décomplexée, autonome, pacifique, pacifiée, moderne, avant-gardiste : ces six adjectifs ne sont pas un programme. Ils sont l'identité retrouvée d'une France qui aurait cessé de s'excuser de soi-même.

IV. Les chantiers

Refondation s'engage à formuler, dans les mois qui viennent, une note doctrinale par grand domaine de l'action publique. Chacune appliquera la méthode (lucidité active), l'architecture (deux rives), et l'orientation (dignité) à un champ précis. Cinq notes sont déjà disponibles. Les autres suivront mensuellement, jusqu'au premier trimestre 2027.

V. Appel

Ce manifeste s'adresse à plusieurs cercles.

Il s'adresse d'abord aux femmes et aux hommes politiques qui sentent, parfois sans pouvoir le formuler, que la France attend autre chose que les récits dominants. Aux élus de terrain qui voient, chaque jour, l'écart entre les discours nationaux et les vies réelles. Aux personnalités transpartisanes qui n'ont pas encore trouvé le cadre intellectuel à la hauteur de leur intuition.

Il s'adresse ensuite aux têtes de réseaux, aux dirigeants associatifs, aux acteurs de la société civile, aux intellectuels, aux journalistes, aux auteurs, aux éducateurs, aux soignants, aux artisans, aux entrepreneurs de terroir. À tous ceux qui constituent, sans le savoir toujours, la rive ancrée de la France.

Il s'adresse enfin aux citoyens. À celles et ceux qui se sont écartés du débat parce qu'ils n'y reconnaissaient plus leur monde. À celles et ceux qui votent par défaut. À celles et ceux qui ne votent plus. À la France qui ne se dit pas, qui se sent dépossédée, qui attend qu'on lui parle sans la prendre pour une masse.

Refondation attend ses porteurs. Le moment est ouvert. La France est légitime. Le texte est offert.

— La Refondation.

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