Cette note applique la doctrine de la concorde républicaine au dossier le plus piégé du débat français : les retraites. Elle refuse le théâtre du curseur — « 62 » contre « 64 » — pour poser la seule question qui compte : celle de l'architecture entière du système, et de sa légitimité.
L'état des lieux
La réforme de 2023 n'a pas été abrogée : elle a été suspendue jusqu'en 2028 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avec application au 1er septembre 2026. En pratique, moins d'un départ sur dix est concerné — environ 64 000 personnes sur près de 854 000 retraites attribuées dans l'année — pour un coût reporté de 1,8 milliard d'euros, jamais financé. C'est un ajournement calé sur le calendrier présidentiel, pas une refondation.
Le piège
Depuis quinze ans, chaque gouvernement déplace un curseur, déclenche un conflit social, puis recule — et personne ne touche jamais à l'architecture. La « conférence sur les retraites » annoncée illustre ce travers : on la charge de financer la suspension, pas de repenser l'ensemble.
La proposition
Plutôt qu'une énième loi imposée puis suspendue, Refondation propose une Conférence nationale de la concorde : tout sur la table, rien de sanctuarisé, un mandat borné à six mois, et un produit soumis au pays par référendum — la légitimité qu'aucun 49.3 ne procurera jamais.
I. Diagnostic — Un débat mal posé depuis quinze ans
1. Une suspension, pas une abrogation
La réforme de 2023 — recul de l'âge légal à 64 ans, 172 trimestres — a été suspendue jusqu'en 2028 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, votée le 16 décembre 2025, pour une application effective au 1er septembre 2026 ; les décrets ont été publiés au Journal officiel le 8 mai 2026.
Concrètement, c'est moins une rupture qu'un ajournement politique. En 2026, environ 64 000 personnes pourront partir plus tôt — dont 10 000 à 15 000 au titre des carrières longues — sur près de 854 000 retraites attribuées dans l'année : moins d'un départ sur dix. Les générations concernées sont essentiellement celles nées de 1964 à 1968. Le coût, 1,8 milliard d'euros, est une dépense reportée, jamais financée.
2. Le piège du curseur
Le débat français oppose « 62 » à « 64 » comme si l'âge légal était le seul levier. C'est un piège. Chaque réforme déplace un chiffre, provoque une crise, puis recule, sans jamais repenser le système. On gouverne par à-coups, on use le consentement, et l'on ne règle rien. Le vrai sujet n'est pas un âge : c'est la soutenabilité, la justice entre les métiers, et la confiance.
II. L'application de la doctrine
1. Lucidité active
La lucidité active impose de dire la vérité sans brutaliser. Oui, la démographie pèse ; non, l'âge unique n'est pas la seule réponse. Refuser le théâtre du curseur, c'est refuser à la fois le déni (« le système tient tout seul ») et la brutalité (« passage en force »). C'est traiter le pays en adulte.
2. Doctrine des deux rives
La rive ancrée, ce sont les métiers qui usent les corps — le couvreur, l'aide-soignante, l'ouvrier de chaîne — dont la pénibilité réelle doit ouvrir des droits. La rive ultra-moderne, c'est la capacité à élargir le financement au-delà du seul travail (revenus du capital, automatisation) et à activer une capitalisation collective pour amortir le choc démographique sans baisser les pensions. Aucune réforme sérieuse ne sacrifie une rive à l'autre.
3. République de la dignité
La dignité du producteur commande que la pénibilité ne soit pas une statistique mais un droit. La dignité de la transition commande que la retraite ne soit pas un couperet. Et la dignité du citoyen commande qu'une réforme durable soit consentie, non imposée : ce qui n'est pas partagé ne tient pas.
Avant d'écrire la version finale, Refondation vous écoute. Trois minutes pour dire ce que vous pensez vraiment du système.
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Cette note se poursuit avec son programme opérationnel — les mesures concrètes que Refondation propose — et sa stratégie politique : alliances naturelles, calendrier de déploiement, articulation avec les autres notes du corpus.
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