Note doctrinale — Pilier XI
XI

Territoires, logement, décentralisation

Réparer la France des oubliés

Juin 2026 · 16 pages

La présente note applique la doctrine de la République de la dignité au pilier des territoires, du logement et de la décentralisation. Sa proposition centrale est une exigence d’égalité réelle : la République promet à chaque citoyen les mêmes droits, mais elle les lui sert très inégalement selon le lieu où il vit. Naître et grandir dans une métropole connectée ou dans une vallée désindustrialisée n’ouvre pas les mêmes chances. Cette inégalité géographique est devenue l’une des premières fractures françaises.

Le constat est sans détour : la France s’est organisée, depuis trente ans, autour de quelques métropoles attractives, en laissant décrocher une large part du territoire — villes moyennes, périphéries, monde rural. Le logement est devenu inaccessible là où il y a de l’emploi, et le mal-logement persiste. Les services publics ont reculé là où ils étaient le plus nécessaires. Et la décentralisation, engagée puis inachevée, a produit un enchevêtrement de compétences illisible plutôt qu’une véritable autonomie des territoires.

La République de la dignité refuse la résignation à une France à deux vitesses. Elle pose trois dignités structurantes : la dignité de l’habitant, la dignité du territoire, la dignité de l’élu local.

Le programme s’articule en six chantiers opérationnels : (1) un plan de résorption de la fracture métropoles–périphéries ; (2) une politique du logement qui rende l’habitat à nouveau accessible et mette fin au mal-logement ; (3) un redéploiement des services publics au plus près des habitants ; (4) une décentralisation aboutie qui clarifie les compétences et donne aux régions et aux communes les moyens d’agir ; (5) une revitalisation des villes moyennes et des bourgs-centres ; (6) une politique d’aménagement qui refuse l’assignation à résidence des territoires délaissés.

La doctrine refuse deux impasses : le jacobinisme qui décide de tout depuis Paris en ignorant les réalités locales ; et le séparatisme territorial qui ferait éclater l’unité républicaine. Une République digne tient ensemble l’unité de la Nation et l’autonomie des territoires.

I. Le diagnostic — Une République à plusieurs vitesses

Toute politique des territoires sérieuse commence par un diagnostic sans complaisance. La France n’a pas un problème de territoires : elle a un problème d’égalité entre ses territoires. Quatre crises convergent.

1. La fracture métropoles–périphéries

Le modèle de développement des trente dernières années a concentré l’emploi qualifié, les services, la culture et les infrastructures dans une poignée de métropoles. Ce mouvement a produit de la richesse, mais il a laissé décrocher des pans entiers du pays : villes moyennes en déclin, bassins industriels sinistrés, ruralité éloignée de tout. La fracture n’est pas seulement économique ; elle est aussi symbolique : le sentiment, largement répandu, d’être assigné à un territoire que la République aurait abandonné. Ce sentiment a un coût démocratique majeur, dont les crises sociales récentes ont donné la mesure.

2. La crise du logement et le mal-logement

Le logement est devenu, pour des millions de Français, le premier poste de dépense et la première source d’angoisse. Là où il y a de l’emploi, le logement est inaccessible : prix d’achat hors de portée, loyers qui absorbent une part démesurée des revenus, jeunes et classes moyennes bloqués. Ailleurs, des logements vacants se dégradent faute de demande. Le mal-logement — habitat indigne, surpeuplement, sans-abrisme — persiste à un niveau indigne d’un pays développé. La politique du logement, faite d’empilement de dispositifs et de niches, a perdu sa cohérence.

3. Le recul des services publics

Là où la République devrait être la plus présente, elle a souvent le plus reculé. Fermetures de classes, de bureaux de poste, de maternités, de trésoreries, de lignes de train du quotidien : la carte du retrait des services publics épouse celle des territoires délaissés. La dématérialisation, présentée comme un progrès, a aggravé l’exclusion de ceux qui n’ont ni connexion fiable, ni maîtrise du numérique, ni guichet humain où s’adresser. Le recul de l’État de proximité nourrit le sentiment d’abandon.

4. La décentralisation inachevée

La décentralisation, engagée par étapes depuis les années 1980, a transféré des compétences sans toujours transférer les moyens correspondants, et a empilé les échelons sans en supprimer aucun. Le résultat est un millefeuille territorial illisible, où le citoyen ne sait plus qui décide de quoi, où les responsabilités se diluent et où l’efficacité de l’action publique souffre. La promesse d’une démocratie de proximité s’est en partie perdue dans la complexité administrative.

Ces quatre crises forment système. Une géographie à deux vitesses, un logement inaccessible, des services publics qui reculent et une décentralisation illisible produisent ensemble une même blessure : le sentiment, pour une partie des Français, de ne plus compter pour la République.

II. L’application de la doctrine aux territoires

La note rappelle comment la doctrine de la République de la dignité s’applique au champ des territoires, du logement et de la décentralisation.

1. Lucidité active appliquée aux territoires

La lucidité active exige de nommer la fracture territoriale sans la nier ni l’exploiter. Oui, des territoires décrochent ; oui, le sentiment d’abandon est réel et fondé ; oui, le logement bloque la vie de millions de gens. Mais la lucidité refuse aussi les solutions illusoires : ni le ruissellement métropolitain qui finirait par profiter à tous — il ne le fait pas —, ni la nostalgie d’une France figée. Elle cherche les leviers réels d’un rééquilibrage, sans opposer artificiellement les territoires les uns aux autres.

2. Doctrine des deux rives appliquée

La doctrine des deux rives s’applique aux territoires. La rive ultra-moderne, c’est la métropole connectée, l’attractivité internationale, les infrastructures numériques, les pôles d’innovation. La rive ancrée, c’est la ville moyenne, le bourg-centre, le village, le commerce de proximité, l’école communale, la gare du quotidien. La France a besoin de ses deux rives : ses métropoles pour rayonner, ses territoires ancrés pour faire tenir le tissu national.

La République ne choisit pas entre la métropole et la périphérie. Elle soutient l’attractivité des grandes villes, mais elle protège la rive ancrée — la France des villes moyennes et des campagnes — comme une part irremplaçable de la Nation. Un pays qui n’aurait plus que des métropoles, entouré de territoires-dortoirs ou abandonnés, ne serait plus une République mais un archipel.

3. République de la dignité — Trois dignités territoriales

  • La dignité de l’habitant — droit aux mêmes services, aux mêmes chances et au même respect quel que soit son lieu de vie ; droit à un logement digne et accessible. Refus de l’assignation à résidence et de la double peine : être modeste et vivre dans un territoire délaissé.
  • La dignité du territoire — reconnaissance de chaque territoire comme acteur de son propre destin, doté de moyens réels ; refus de la hiérarchie implicite entre territoires qui comptent et territoires que l’on gère. Chaque lieu de la République a droit à un avenir.
  • La dignité de l’élu local — reconnaissance du maire et de l’élu de proximité comme premiers visages de la République ; clarification de leurs compétences, moyens à la hauteur de leurs responsabilités, protection contre les violences et le découragement.

La République de la dignité refuse autant le tout-métropole que le repli localiste. Elle propose une troisième voie : l’égalité réelle des territoires, qui tient ensemble l’unité de la Nation et l’autonomie des lieux.

La suite de cette note

Le programme opérationnel et la stratégie politique
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Cette note se poursuit avec son programme opérationnel — les mesures concrètes que Refondation propose — et sa stratégie politique : alliances naturelles, calendrier de déploiement, articulation avec les autres notes du corpus.

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